Le CHRS ANEF du Puy-de-Dôme

2 février 2018

Né d’une promesse : celle d’aider les femmes en difficulté.

 

Un rappel historique est indispensable pour bien comprendre aujourd’hui, la mission du CHRS ANEF 63.

Fondée à la suite de la seconde guerre mondiale, par Marguerite Marie MICHELIN qui fut déportée dans les camps de concentration, l’ANEF avait pour vocation initiale d’apporter une aide aux femmes en situation de détresse sociale.

Désormais la fédération ANEF regroupe les différentes antennes autonomes de l’association. Celles-ci sont présentes sur plusieurs territoires français et accompagnent des personnes en difficultés vers l’insertion.

L’ANEF 63 compte à ce jour 130 salariés environ, elle fait partie de cette fédération.

 

Autour d’une mission commune, l’ANEF 63 regroupe deux pôles destinés à des publics différents :

Il comprend également un foyer éducatif, qui accueille et accompagne des mineurs ou jeunes majeurs placés (ASE ou PJJ), ainsi que des mineurs isolés.

Le CHRS propose un hébergement et un accompagnement social adapté aux problématiques de la personne orientée. Il s’agit de renforcer leurs capacités à s’insérer et à les réorienter vers le logement ordinaire.

 

Rencontre avec Stéphane Bouyssou, Chef de service et Fabienne Dauge, Educatrice spécialisée au CHRS ANEF 63

 

« L’équipe du CHRS est pluridisciplinaire, elle est principalement composée de travailleurs sociaux (éducateurs spécialisés, assistante sociale), d’un référent logement, d’un référent emploi, d’un psychologue, rappelle Stéphane Bouyssou. Nous accueillons actuellement 101 personnes, hébergées dans une quarantaine de logements. »

La plupart du temps, ces personnes sont orientées par le SIAO, le service départemental vers qui convergent toutes les demandes d’hébergement des personnes en difficulté.

 

Fabienne Dauge explique la démarche qui suit : « Nous recevons la personne lors d’un entretien de pré-admission qui permet de faire connaissance mais surtout de mesurer si la solution proposée correspond à ses besoins et ses attentes. Nous lui expliquons les conditions d’un accompagnement au sein du CHRS. Après un temps de réflexion mutuel, si la personne maintient sa demande et que nous validons celle-ci, nous l’admettons dans le service pour une première séquence d’un mois de prise en charge.

Ce temps nous permet de développer une connaissance mutuelle, mais aussi de se rendre compte si l’accompagnement proposé correspond à ses souhaits et si nous pouvons y répondre.

Si tout cela est en adéquation à la fin du 1er mois, nous prolongeons la durée d’hébergement.»

 

 

Un accompagnement individualisé mais surtout main dans la main…

 

« Il arrive que les résidents cumulent plusieurs problématiques, que ce soit au niveau financier, médical, administratif, ou de la parentalité…, explique le Chef de Service.

Dans le cadre de l’accompagnement à l’insertion, nous accueillons des familles, des familles monoparentales, des couples ou des personnes isolées, pour lesquels l’hébergement/accompagnement durera plusieurs mois (environ une année en moyenne).

 

Lors de son installation, chaque résident signe un contrat et s’engage à accepter l’accompagnement socio-éducatif. Celui-ci est graduel, selon la personne.

 

Dans le cadre de l’urgence, nous accueillons des femmes victimes de violences conjugales. Il s’agit là d’une mise à l’abri et d’un accompagnement à court terme qui vise à en premier lieu à mettre en sécurité la personne, et en second lieu de lui proposer un temps de repos, un répit pour la réflexion, afin d’envisager ses projets pour la suite.

Nous prenons le temps de l’écouter et nous l’informons sur ses droits.

Dans le cas où elle envisage un départ du domicile conjugal, nous cherchons ensemble la solution la plus adaptée, qu’il s’agisse d’un logement autonome ou d’une autre orientation. »

 

L’accompagnement est toujours individualisé, comme le rappelle Fabienne Dauge.

 

« Nous partons de la demande de la personne et mettons à sa disposition des moyens techniques et humains. La personne s’en saisit, en fonction de ses possibilités. On ne fait jamais à sa place.

 

Pour chaque accompagnement, il n’existe pas de chemin tracé… Nous avançons à côté de chacun, en fonction de là où il/elle en est. »

 

Mobiliser ses compétences au travers d’ateliers

 

S.B : « Nous mettons à disposition un logement meublé et équipé et un accompagnement social au quotidien. Nous proposons aussi plusieurs ateliers réguliers comme des cours d’alphabétisation, d’activité physique, des sorties ponctuelles autour du loisir ou de la culture.

De façon complémentaire, le pôle d’accompagnement vers l’emploi (PAE) – service de l’ANEF63 spécifiquement dédié à l’insertion professionnelle – propose depuis peu une activité support :

Durant l’année, un petit groupe de résidents va mobiliser et renforcer ses compétences autour de l’entretien d’une vigne près de Boudes. Cela permet un répit, de faire et transmettre des choses, notamment avec les viticulteurs locaux. C’est également une ouverture potentielle vers un emploi saisonnier.

Outre ces éventuels bénéfices directs, les personnes développent également de l’estime de soi, par exemple lorsqu’elles se rendent compte qu’elles sont capables de s’organiser pour se déplacer seules (trajet Clermont/Boudes), ou encore lorsqu’elles se voient félicitées par les habitants du village pour le travail accompli (réhabilitation et aménagement de la parcelle de vigne)».

 

« Cela rejoint les apports des ateliers APA, renchérit Fabienne Dauge. Singulièrement sur l’estime de soi.

 

C’est un point majeur retenu par les participants et les accompagnateurs. En revenant de la séance, on entend souvent des phrases comme « Je revis », « Je reprends confiance en moi, en mon corps ».

Cela leur permet d’enclencher une dynamique, de créer du lien et ainsi de rompre l’isolement. Certains attendent le lundi avec impatience. C’est assez flagrant pour certaines femmes victimes de violences conjugales. Elles se rendent compte de ce dont elles sont capables.

De surcroit, cette séance est un moment convivial où il se dégage beaucoup de respect.

Les participants se soutiennent. C’est important pour eux d’être ensemble. Mais surtout cela contribue à leur remobilisation et à les remettre dans une optique de projet, de désir, par exemple en direction d’une formation professionnelle.

Cet outil nous permet de les raccrocher au moyen d’activités quotidiennes qui nourrissent l’être humain et participent à son équilibre. Le support « activité physique » n’est pas anodin, puisqu’il touche à l’hygiène de vie, au respect des autres ou des consignes.

 

Il n’est pas simple de mobiliser les participants, rappelle-t-elle.

Pourtant les bénéfices sont certains. Lors de chaque séance, un membre de l’équipe du CHRS participe à l’activité. C’est un moment particulier où nous entretenons une relation au même niveau : on pratique avec elles.

Cela constitue un puissant moyen pour lever des freins, et nous permettre l’accès à une meilleure connaissance mutuelle, à une relation de confiance. C’est d’une valeur capitale dans le cadre de notre travail. »

 

« Au début, j’étais sceptique au sujet de la phase 2 du projet DAHLIR : l’inscription dans une association, un club sportif, se souvient Monsieur Bouyssou.

J’ai en définitive été agréablement surpris puisque plusieurs personnes se sont finalement dirigées vers une pratique régulière en club.

C’est la preuve que l’outil est opérant sur les deux phases. Tant mieux. Le dispositif a convaincu l’équipe, il a engendré un effet mobilisateur en interne et sur les personnes accompagnées, nous nous en félicitons.»

« C’est un « outil » adapté à notre fonctionnement et à nos besoins, insiste Fabienne Dauge.

La philosophie et l’esprit du DAHLIR sont intéressants.

C’est la troisième saison que nous travaillons ensemble.

C’est simple, adapté et constructif. Il s’agit d’un harmonieux partenariat entre nos deux structures.

 

De même les sorties événementielles sont très appréciées par les participants : ils rencontrent d’autres personnes, parfois même des athlètes de haut niveau qui ont accepté de donner un peu de leur temps. C’est concret, accessible et surtout moteur.

 

Le spectacle « Quand la différence devient poésie… » en est un exemple parfait.

Jenny et Ikram ont participé en tant qu’actrices. Au début, elles nous ont fait part de leurs réticences sur cet engagement, la peur de ne pas y arriver.

Et finalement, cela a été un beau succès, grâce aux compétences de chacun.

On a ressenti leur plaisir d’être sur scène.

Trente résidents sont venus assister à la première représentation. L’équipe du CHRS s’est mobilisée pour organiser les convoyages, afin que le plus grand nombre puisse bénéficier de ce moment. De l’avis de tous, ce fut un spectacle teinté de beauté, de poésie. »

 

« C’est une ouverture pour tout le monde, décrit Stéphane Bouyssou.

Partis de l’activité physique, on vient rencontrer la culture, on amorce des mouvements dans d’autres directions, potentiellement génératrices de nouvelles envies et d’une dynamique. C’est complémentaire à l’accompagnement social et ça vient le renforcer.”

 

« Désormais, certaines résidentes et bénéficiaires du DAHLIR font même partie du Comité Territorial de l’association ! Cela introduit une dimension citoyenne !” s’enthousiasme l’éducatrice spécialisée.

 

Plus d’informations sur le CHRS ANEF 63 : https://anef-puy-de-dome.org/chrs-lescale-de-la-cartoucherie/

 

Alain, sportif et engagé dans la vie du DAHLIR

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